On entend encore très souvent que le chat est un animal indépendant, capable de rester seul sans vraiment se préoccuper de l’absence de ses propriétaires.
Cette idée vient probablement du fait qu’il n’exprime pas toujours son besoin de présence de la même manière qu’un chien. Il passe également une grande partie de sa journée à dormir ou à se reposer, ce qui peut donner l’impression qu’il se moque complètement de savoir si nous sommes là ou non.
La réalité est beaucoup plus nuancée.
Un chat peut parfaitement rester seul plusieurs heures dans la journée. Mais cela ne signifie pas que tous les chats vivent la solitude de la même manière, ni qu’une présence humaine peut disparaître de leur quotidien pendant plusieurs jours sans modifier profondément leurs repères.
Pour comprendre comment votre chat vit vos absences, il faut surtout apprendre à observer votre propre chat.
Le chat domestique est capable d’une grande autonomie. Il peut manger seul, dormir seul, explorer son territoire sans nous et passer plusieurs heures sans rechercher notre présence.
Mais autonomie ne signifie pas absence de relations sociales.
Un chat peut créer des liens avec les humains avec lesquels il vit. Certains recherchent énormément le contact, suivent leur propriétaire d’une pièce à l’autre, viennent dormir près de lui ou sollicitent régulièrement des interactions.
D’autres sont beaucoup plus discrets. Ils peuvent passer une grande partie de leur journée à distance tout en restant attentifs à ce que font les personnes avec lesquelles ils vivent.
Il ne faut donc pas mesurer l’attachement d’un chat uniquement au nombre de fois où il vient sur vos genoux.
Comme pour beaucoup de comportements félins, il existe de grandes différences individuelles.
Un chat peut très bien vivre le départ de ses propriétaires le matin et passer une bonne partie de la journée à dormir. Un autre peut rechercher beaucoup plus de présence et d’interactions.
L’âge, le tempérament, les habitudes, le cadre de vie, les expériences passées et la relation entretenue avec les humains du foyer peuvent notamment influencer la manière dont un chat vit les périodes de solitude.
Les propriétaires de plusieurs chats peuvent parfois observer ces différences très facilement. Deux chats vivant dans la même maison peuvent réagir complètement différemment au départ ou au retour de leur propriétaire.
Il est donc difficile de répondre à la question « les chats supportent-ils la solitude ? » par un simple oui ou non.
La bonne question est plutôt : comment mon chat, lui, vit-il la solitude ?
Parler des effets possibles de la solitude ne signifie surtout pas qu’un chat souhaite être entouré en permanence.
Certains apprécient particulièrement le calme et peuvent rechercher des endroits où ils seront moins sollicités.
Une histoire vécue avec un client de Chez Shami l’illustre assez bien.
Lors d’un premier échange téléphonique, comme nous le faisons systématiquement avant d’accueillir un nouveau pensionnaire, je demande au monsieur si sa chatte est identifiée. Il m’explique alors qu’il s’agit d’une chatte arrivée chez lui quelque temps auparavant et qu’il envisage de faire garder.
Je lui conseille donc de prendre rendez-vous chez un vétérinaire afin de vérifier son identification et sa situation vaccinale.
Surprise lors de la consultation : la chatte est déjà identifiée et appartient à quelqu’un d’autre.
Le monsieur retrouve donc son propriétaire et lui rend sa chatte.
Quelque temps plus tard, il me rappelle : la chatte est revenue chez lui.
En discutant davantage, la situation devient particulièrement intéressante. Cette chatte vivait auparavant seule avec son propriétaire. Celui-ci s’était récemment mis en couple avec une femme ayant des enfants. Son quotidien, autrefois très calme, avait donc beaucoup changé.
De son côté, le monsieur chez lequel elle revenait vivait seul.
Il serait évidemment impossible d’affirmer précisément ce qui motivait cette chatte. Mais elle avait manifestement trouvé dans cette seconde maison quelque chose qui l’incitait à y retourner.
Cette histoire rappelle surtout qu’il ne faut pas raisonner uniquement en opposant présence et solitude.
Pour certains chats, un quotidien trop pauvre en interactions peut être difficile à vivre. Pour d’autres, beaucoup de mouvements, de bruits ou de sollicitations peuvent également devenir difficiles à gérer.
Le chat doit pouvoir participer à la vie du foyer lorsqu’il en a envie, mais aussi disposer d’endroits où il peut s’éloigner et retrouver du calme.
Pas forcément.
Le chat passe naturellement une grande partie de sa journée à dormir ou à se reposer. Trouver son chat endormi lorsque l’on rentre du travail n’est donc pas la preuve qu’il s’est ennuyé toute la journée.
Mais il faut regarder son quotidien dans son ensemble.
Lorsqu’il est éveillé, peut-il observer ce qui se passe dehors, grimper, changer de lieu de repos, faire ses griffes, jouer ou explorer ?
Un chat qui reste seul dans un logement riche en possibilités ne vit pas nécessairement la même journée qu’un chat qui reste seul dans un espace où il ne se passe presque rien.
La question de la solitude est donc étroitement liée à celle de la stimulation.
Vivre en appartement n’est pas en soi un problème pour un chat.
Beaucoup vivent parfaitement bien exclusivement à l’intérieur.
Mais pour un chat qui ne sort jamais, le logement représente la totalité de son territoire et une grande partie de ce qui va stimuler ses journées.
Un chat ayant accès à l’extérieur rencontre naturellement des odeurs, des sons, des mouvements et de nombreux éléments à observer ou explorer.
Pour un chat vivant exclusivement à l’intérieur, une partie de cette richesse doit être retrouvée autrement.
Des points d’observation devant les fenêtres, des espaces en hauteur, des cachettes, des griffoirs, des moments de jeu et différentes possibilités d’exploration peuvent enrichir considérablement son quotidien.
Le problème n’est donc pas simplement « mon chat reste seul ».
Il faut également se demander : que peut-il faire lorsqu’il est seul ?
C’est une notion particulièrement importante lorsqu’on parle d’absence.
On entend souvent qu’un chat est forcément mieux chez lui parce qu’il reste sur son territoire.
Mais le territoire du chat ne se résume pas à une maison, un appartement ou un jardin.
Il est aussi constitué de tout ce que le chat perçoit quotidiennement : les odeurs, les sons, les mouvements, les personnes présentes, les habitudes et le rythme de vie du foyer.
C’est ce que nous pouvons appeler son territoire sensoriel.
Lorsque les propriétaires partent plusieurs jours, les murs ne bougent pas. Le canapé reste au même endroit, la litière aussi et les meubles n’ont pas disparu.
Pourtant, une partie importante du territoire sensoriel du chat vient de changer.
Les personnes avec lesquelles il vit ne circulent plus dans la maison. Leurs voix ne sont plus présentes, les portes ne s’ouvrent plus aux mêmes moments, les activités habituelles disparaissent et toute la rythmicité de la journée est modifiée.
Une visite d’un voisin ou d’un pet-sitter apporte bien sûr une présence et permet de répondre à certains besoins essentiels. Mais quelques dizaines de minutes de visite ne recréent pas les nombreuses heures de vie quotidienne qui existaient auparavant dans le foyer.
Dire qu’un chat est « chez lui » ne signifie donc pas automatiquement que rien n’a changé pour lui.
Il faut ici distinguer une journée habituelle d’une absence de plusieurs jours.
Un chat adulte en bonne santé peut parfaitement rester seul plusieurs heures pendant que ses propriétaires travaillent ou vaquent à leurs occupations.
Une ou deux nuits peuvent également être envisageables dans certaines conditions, selon le chat et l’organisation prévue.
En revanche, nous déconseillons de laisser un chat seul au-delà de deux nuits, y compris lorsque quelqu’un passe quotidiennement lui donner à manger, nettoyer sa litière et vérifier que tout va bien.
À partir de là, il faut prévoir une véritable solution de garde adaptée au chat.
Ce n’est pas seulement une question de nourriture ou d’eau.
Un chat doit aussi être observé. Il peut arrêter de manger, vomir, présenter un problème urinaire, se blesser ou modifier brutalement son comportement.
Et plus l’absence dure, plus son quotidien habituel est profondément modifié.
La question n’est donc plus seulement « a-t-il suffisamment de croquettes jusqu’à notre retour ? », mais comment va-t-il réellement vivre ces journées et qui sera suffisamment présent pour s’assurer qu’il va bien ?
Pour une absence courte, cela peut parfaitement convenir à certains chats.
Mais il faut regarder concrètement ce que représente cette solution.
Une personne vient peut-être trente minutes, quarante-cinq minutes ou une heure. Elle donne à manger, renouvelle l’eau, nettoie la litière, vérifie le comportement du chat et peut éventuellement passer un peu de temps avec lui.
Puis elle repart.
Le chat reste ensuite seul pendant la majeure partie des vingt-quatre heures.
Pour certains individus, notamment ceux qui apprécient beaucoup le calme et vivent bien ces périodes, cela peut être adapté sur une courte durée.
Pour d’autres, beaucoup plus attachés aux interactions et à la vie du foyer, la situation peut être très différente.
C’est pourquoi il faut toujours réfléchir à la durée de l’absence et au tempérament du chat plutôt que de considérer qu’une visite quotidienne constitue automatiquement une solution suffisante quelle que soit la durée du séjour.
Pas automatiquement.
C’est une idée séduisante : si un chat est seul, il suffirait de lui donner un compagnon.
Mais deux chats ne deviennent pas nécessairement amis simplement parce qu’ils vivent sous le même toit.
Certains entretiennent une véritable relation : ils dorment ensemble, jouent, se toilettent mutuellement ou recherchent régulièrement leur proximité.
D’autres cohabitent sans réellement rechercher le contact.
Et certains peuvent vivre difficilement la présence d’un autre chat.
Adopter un second animal uniquement pour « tenir compagnie » au premier n’est donc pas une solution universelle à la solitude.
Il faut éviter de chercher un symptôme unique.
Ce qui compte surtout est de connaître le comportement habituel de son chat et d’observer d’éventuels changements.
Certains deviennent beaucoup plus demandeurs au retour de leur propriétaire. D’autres peuvent davantage vocaliser, modifier leurs habitudes, sembler plus agités ou au contraire s’isoler.
Des changements dans l’appétit, le toilettage, le sommeil, les éliminations ou certaines activités peuvent également attirer l’attention.
Mais aucun de ces comportements ne permet à lui seul de conclure que le chat souffre de solitude.
Une modification du comportement peut avoir de nombreuses causes, y compris médicales.
Il faut donc regarder le contexte et surtout comparer le chat à son propre comportement habituel.
La manière dont votre chat réagit lorsque vous rentrez peut apporter des informations.
Certains viennent immédiatement à la porte, miaulent, se frottent ou réclament une interaction. D’autres semblent parfaitement indifférents pendant quelques minutes avant de venir vous rejoindre plus tard.
Toutes ces réactions peuvent être normales.
Un chat qui ne se précipite pas à la porte n’est pas pour autant indifférent à votre présence.
Le chat possède sa propre manière d’interagir.
Ce qui est intéressant, encore une fois, c’est de connaître ses habitudes à lui et de remarquer lorsqu’elles changent.
Il ne s’agit pas de remplir la maison de jouets.
Ce qui compte davantage est la diversité des possibilités offertes au chat.
Pouvoir observer depuis une fenêtre, monter sur différents niveaux, changer de couchage, utiliser un griffoir, se cacher ou explorer un carton qui vient d’arriver peut déjà apporter de nombreuses occupations.
Les moments d’interaction lorsque vous êtes présent comptent également.
L’objectif n’est pas de stimuler constamment le chat. Il doit aussi pouvoir dormir et être tranquille.
Il s’agit surtout de lui permettre d’alterner repos, observation, exploration et interactions selon ses envies.
Si vous vous demandez réellement ce que fait votre chat pendant vos absences, une caméra peut être intéressante.
Non pas pour le surveiller continuellement, mais pour observer son comportement à différents moments de la journée.
Certains propriétaires découvrent que leur chat dort presque toute la matinée, puis se déplace, observe par la fenêtre, mange, change de lieu de repos et recommence une autre période de sommeil.
D’autres peuvent constater des comportements qu’ils ne voient jamais lorsqu’ils sont présents.
Cela permet surtout de remplacer nos suppositions par de l’observation.
Et lorsqu’on cherche à comprendre un chat, observer ce qu’il fait réellement est souvent beaucoup plus intéressant que d’imaginer ce qu’il pourrait ressentir.
C’est une distinction essentielle.
Un chat habitué à voir ses propriétaires partir travailler le matin connaît cette organisation. Elle fait partie de son quotidien et il en retrouve régulièrement les mêmes repères.
Une absence de plusieurs jours modifie beaucoup plus profondément ce fonctionnement.
Les personnes ne reviennent plus le soir, les interactions changent et toute la rythmicité habituelle du foyer est différente.
C’est là que la notion de territoire sensoriel prend toute son importance.
Le chat est toujours physiquement chez lui, mais une partie de ce qui faisait quotidiennement « chez lui » a disparu.
Au-delà de deux nuits, nous recommandons donc de prévoir une véritable solution de garde.
Pas forcément.
Son territoire est important, mais ce n’est qu’un élément de la réflexion.
Il faut également regarder combien de temps il restera seul, la fréquence et la durée des visites, ses besoins d’interaction, sa santé, son tempérament et la manière dont il vit habituellement ses journées.
Un chat qui reçoit une présence adaptée à domicile peut parfaitement bien vivre cette solution sur une courte période.
Mais laisser un animal plusieurs jours chez lui avec un passage rapide quotidien en considérant que « puisqu’il est sur son territoire, tout va bien » est une vision trop simpliste.
Le territoire lui-même a changé puisque sa dimension sensorielle et sociale n’est plus la même.
La qualité de la prise en charge compte donc autant que le lieu.
Choisir une pension ne signifie pas automatiquement choisir une solution adaptée à son chat.
Les conditions d’accueil peuvent être extrêmement différentes d’un établissement à l’autre : l’espace disponible, l’aménagement des lieux, la possibilité de se cacher ou de prendre de la hauteur, la proximité avec les autres chats, le bruit, les possibilités d’observation, la présence humaine ou encore la manière dont le personnel interagit avec les pensionnaires.
Pour certains chats, un établissement mal adapté à leurs besoins peut être beaucoup plus difficile à vivre que de rester chez eux.
C’est donc la qualité et le fonctionnement de la pension qu’il faut regarder, et pas simplement le fait qu’il s’agisse d’une pension.
Chez Shami, nous avons justement fait des choix précis pour essayer de proposer un cadre qui tienne compte du comportement félin.
Ma formation de comportementaliste avant la création de la pension a notamment influencé la conception des studettes et de leurs équipements. Chaque chat dispose de différentes possibilités : se cacher, prendre de la hauteur, choisir plusieurs lieux de repos et notamment voir sans être vu.
Chaque studette possède également son propre jardin privatif sécurisé.
Certains pensionnaires commencent rapidement à explorer et viennent facilement vers nous. D’autres préfèrent observer avant de prendre progressivement leurs repères.
Nous respectons ces différences.
Notre objectif n’est pas de faire croire que la pension est systématiquement la meilleure solution pour tous les chats. Il est de proposer, lorsque ce mode de garde est choisi, des conditions d’accueil pensées pour leur permettre de s’adapter à leur propre rythme
Tous les chats ne souhaitent pas être caressés régulièrement.
Pour certains, la présence humaine peut simplement signifier entendre une voix connue, observer quelqu’un se déplacer dans la maison ou venir s’installer à proximité sans rechercher de contact physique.
Un chat peut donc apprécier la présence d’un humain sans nécessairement vouloir être constamment manipulé.
Respecter cette distance fait également partie de la relation.
La question n’est pas uniquement de savoir combien de caresses reçoit un chat, mais quelle place les interactions sociales occupent dans son quotidien et s’il peut choisir de les rechercher ou de s’en éloigner.
Si votre chat change brutalement de comportement, il faut éviter de conclure immédiatement qu’il « souffre de solitude ».
Un chat qui mange moins, s’isole davantage, vocalise inhabituellement, présente un hyperléchage, modifie ses habitudes de litière ou semble simplement différent peut rencontrer un problème comportemental, mais également un problème de santé.
Un changement important, brutal ou persistant mérite donc d’être discuté avec un vétérinaire.
Une fois les causes médicales recherchées, il devient plus pertinent d’étudier son quotidien, ses interactions, son niveau de stimulation et la façon dont il vit les périodes d’absence.
Oui, un chat peut rester seul.
Il peut même apprécier certains moments de solitude et rechercher volontairement le calme.
Mais cela ne signifie ni que tous les chats la vivent de la même manière, ni qu’un chat peut rester seul pendant plusieurs jours simplement parce qu’il se trouve dans sa propre maison.
Il faut distinguer quelques heures de solitude dans une journée habituelle d’une absence prolongée de ses propriétaires.
Et surtout, il faut considérer le territoire du chat dans son ensemble.
Les murs, les meubles et les objets comptent, mais son territoire est aussi sensoriel : il est constitué des odeurs, des sons, des mouvements, des personnes et des habitudes qui rythment quotidiennement sa vie.
Lorsque ses propriétaires disparaissent pendant plusieurs jours, cette partie de son territoire change elle aussi.
C’est pourquoi nous déconseillons de laisser un chat seul au-delà de deux nuits, même avec des visites quotidiennes, et recommandons alors de réfléchir à une véritable solution de garde adaptée à l’individu.
La question n’est finalement pas seulement :
« Mon chat supporte-t-il la solitude ? »
Mais plutôt :
« Quelle place la solitude occupe-t-elle dans son quotidien, et comment mon chat, lui, la vit-il ? »
N’hésitez pas à nous contacter pour en savoir plus !
